Pourquoi le charbon a encore de beaux jours devant lui

« Coup sur coup, les mauvaises nouvelles sont tombées. Elles viennent de France, où le gouvernement vient d’annoncer sa décision de prolonger jusqu’en 2024 ou 2026 la centrale à charbon de Cordemais, contre une fermeture programmée en 2022 ; du Japon, qui mettra en service 20 gigawatts (GW, soit une vingtaine de réacteurs nucléaires) de centrales à charbon d’ici dix ans ; d’Allemagne, la vertueuse et verte Allemagne, qui veut fermer ses centrales à charbon d’ici 2038, mais laisse un gros site ouvrir, à Datteln – fâcheux quand on sait qu’une centrale à charbon fonctionne au moins 40 ans.

Le charbon, ce satané charbon responsable de 40 % des émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie, n’a pas dit son dernier mot. On le critique, on le combat, mais il reste une énergie d’avenir parce qu’il est abondant, bon marché et offre une fourniture d’énergie « pilotable » : il suffit d’appuyer sur un bouton et la centrale à charbon, sorte de chaudière géante, se met en branle pour fournir en quelques heures de l’énergie. Dès qu’il y a besoin d’injecter rapidement de l’électricité sur le réseau, le charbon, c’est parfait. »

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.lepoint.fr/economie/pourquoi-le-charbon-a-encore-de-beaux-jours-devant-lui-08-02-2020-2361777_28.php

Du charbon et des hommes 2008 à 2018

Variation de la consommation de charbon entre 2008 et 2018 en Mtep par pays

Jean-Marc Jancovici : « Du charbon, les hommes en consomment globalement de plus en plus. Mais, si l’on regarde ce qui s’est passé sur les 10 dernières années, la variation est très inégalement répartie.
Le graphique ci-dessous, réalisé avec les données BP Statistical Review, donne (à gauche) les 10 plus fortes hausses sur 2008-2018, et à droite les 10 plus fortes baisses sur la même période.
Pendant que certains pays, pour l’essentiel situés en Asie, augmentaient fortement leur consommation, d’autres, essentiellement dans l’OCDE, la baissent (NB : c’est une des raisons pour lesquelles il est si facile aux financiers de dire qu’ils ne financent plus le charbon « neuf » : il n’y en a quasiment plus à financer !).
Et devinez qui a été le plus « écolo » de la bande ? Les Etats-Unis ! En fait, ce n’est pas du tout l’envie de respecter l’Accord de Paris qui a été à l’oeuvre, mais simplement que l’explosion du gaz de roche mère (shale gas) aux USA a considérablement fait baisser le prix de ce combustible, engendrant un basculement du charbon vers le gaz pour une partie de la production électrique, avec, en pareil cas, une division par 2 du contenu en CO2 d’un kWh électrique.
Mais ce succès est fragile : les USA conservent les premières réserves de charbon au monde…»

(publié par J-Pierre Dieterlen)